Vue de l'église St Michan's
Art & Histoire Irlande

L’église St Michan’s : les momies cachées de Dublin

Il m’aura fallu revenir une troisième fois à Dublin après mon retour d’Erasmus pour découvrir l’église St Michan’s. Nous sommes revenus avec des amis d’Erasmus en avril 2018 en Irlande, en « pèlerinage » durant lequel nous sommes retournés à Maynooth, notre université de cœur, dans le Connemara et à Dublin.

Nous sommes tombés par hasard sur l’église St Michan’s en souhaitant découvrir le côté insolite de Dublin. Dublin, nous connaissions bien (trop bien même). Nous y allions le week-end, pour découvrir, visiter, faire la fête. Mais durant ce printemps, alors que je mettais les pieds à Dublin pour la 1000e fois de ma vie (j’exagère peut-être un peu), j’y ai vu une autre facette de la ville.

C’est là qu’entre en piste l’église St Michan’s. C’est une visite qui m’a beaucoup marqué. Tellement que j’en reparle encore avec enthousiasme 3 ans après. Et aujourd’hui, c’est l’histoire de cette église que je vais vous raconter.

Crédits (car je n’avais pris aucune photo du lieu…) : Andreas F. Borchert sur Wikimedia, Creative Commons

Je vous parlais plus haut d’insolite. Alors qu’a-t’elle d’insolite cette petite église cachée au milieu d’immeubles modernes et de friches industrielles ? Naturellement, je garderai ce point pour la fin (même si le titre plutôt révélateur de cet article vous met sur la voie).

L’église St Michan’s a été construite en 1095 pour l’infime population Viking du coin qui n’avait pas encore été chassée d’Irlande. Elle est située sur la rive nord de la rivière Liffey, non loin du Four Courts (le siège de la Court Suprême d’Irlande). Le nom de l’église (Michan) viendrait d’ailleurs d’un évêque danois. Ou bien serait-ce un martyr irlandais, rien n’est clair encore à l’heure actuelle.

L’église avait été construite en bois et il ne reste évidemment plus rien de la structure d’origine. La structure actuelle est celle de 1685 mais le bâtiment fut remanié plusieurs fois dans les siècles à venir. C’est au XVIIIè siècle (entre 1723 et 1727 pour être précise) que des premiers travaux de rénovation furent entrepris. Puis plus tard, dès 1825, un grand chantier fut lancé pour préserver l’église de la disparition. Durant 3 ans, l’église fut fermée au public. L’intérieur ne fut quasiment pas changé.

Au XIXè siècle, c’est le déclin. La population dublinoise boude le nord de la ville pour les quartiers sud. Dès lors, l’église n’accueille plus qu’une poignée de fidèles mais surtout, des touristes.

Car oui, l’église attire des touristes grâce à sa crypte et ses caveaux. Si l’église connaît de nombreux changements par le passé, la crypte elle, reste intouchée. Et on y trouve des merveilles.

Nous avions réservé une visite guidée avec un bénévole de la paroisse qui était tout à fait poilant soit dit en passant. Avec son humour noir et pince sans rire, le guide nous conduit à travers une trappe et un escalier étroit qui descend dans les entrailles de l’église. Il nous présente le trésor qui fait encore à l’heure actuelle la renommée de l’église : ses momies. Insolite n’est ce pas ?

Trappe donnant sur la crypte. Crédits : Nicky Ryan, The Journal.ie

La crypte de l’église abrite de nombreux caveaux, la plupart étant privés mais les barreaux en fer les protégeant n’empêchent pas d’y voir derrière. Deux caveaux seulement sur l’ensemble sont ouverts et le visiteur peut s’y promener à sa guise.

Dans certains caveaux, nous apercevons des corps étrangement bien conservés dans des cercueils décrépis. Les quelques momies visibles sont a priori des Dublinois ayant vécu entre le XVIIè et le XIXè siècle. L’une d’elles est un homme dont une des mains manque. Il est surnommé « le voleur » même s’il n’existe aucune certitude entre le prétendu vol et sa main coupée.

L’autre star de la crypte est un gaillard de 2m (un géant à l’époque) dont les jambes ont été cassées et repliées afin qu’il puisse rentrer dans le cercueil. Son corps serait le plus vieux de tous, il aurait 800 ans ! Cet homme est surnommé « le Croisé » car il se dit qu’il aurait jadis participé aux Croisades. Le mystère restera entier pendant longtemps.

Crédits : Dublin.ie

Mais comment ces corps ont-ils pu rester quasiment intacts toutes ces années ? Plusieurs hypothèses existent. L’une d’elle serait l’atmosphère très sèche de la crypte qui aurait aidé à la préservation des corps. La voûte calcaire y serait aussi pour quelque chose. Mystère et boule de gomme donc.

Outre ces impressionnantes momies, j’y ai aussi vu des reliques des différentes (et nombreuses) révolutions qu’a connu l’Irlande. L’Irlande a essuyé plusieurs guerres de rébellion à l’encontre de l’occupant anglais. Quasiment toutes se sont soldées par des échecs mais les leaders de ces rebellions sont restés célèbres. Comme Wolfe Tone, le chef de la rébellion de 1798 dont le masque mortuaire est conservé dans la crypte de l’église. Ou bien encore Robert Emmet, leader de la révolte de 1803, dont les restes auraient été cachés également dans la crypte.

Si la visite de l’église St Michan’s m’a touchée, c’est bien sûr pour ses momies si bien préservées qui n’ont jamais été déplacées qu’elle interpelle. C’est quand même incroyable que l’on puisse en trouver dans une église un peu oubliée d’une grande capitale. L’autre aspect incroyable a été le fait que l’église a perduré durant de nombreux siècles et que son histoire est celle de légendes, de peut-êtres et de mystères, qui attisent encore aujourd’hui mon esprit cartésien.

Sources

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