Anecdotes & Réfléxions Expatriation

Flemme d’hiver

Je pense que cet article ne sera pas bien long. Enfin, parfois je me dis ça et je palabre pendant des siècles. Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, je ne parlerai pas de voyage ou d’activités que j’ai faites récemment. Tout simplement car je n’ai rien fait de foufou.

Souvent durant les week-ends, je me chauffais pour aller explorer un nouveau coin mais je changeais d’avis au dernier moment. Pas envie de sortir et de me balader par -20 (en vrai, ce n’est pas si pire). Je n’avais pas envie de sortir et d’explorer le monde sous peine que c’est ce qu’un nouvel expatrié doit faire. 

Je suis plutôt casanière et ça ne me dérange pas de rester à la maison. Avec les restrictions et le 100% télétravail, je me suis d’autant plus replié dans mon cocon. J’ai du chauffage, un M. Loukoum et deux chats pour me tenir chaud, et ça me va. 

C’est le quotidien qui s’est installé. Je travaille, je fais des courses, je cuisine, je profite de la maison. Je n’ai pas tout le temps envie de faire des activités et c’est okay. Je sens toutefois qu’en tant que nouvelle expatriée, il y a dans l’air une sorte de pression qui pousse le nouvel arrivant au Québec à être hyperactif, à aimer son expérience, à explorer et montrer qu’il kiffe – tout le temps. Mais ce n’est pas la réalité, ce n’est pas le quotidien.

Alors que tout le monde a l’air de faire des choses extraordinaires, moi ma dernière extase a consisté à découvrir ma bibliothèque de quartier. Car les bibliothèques de la Ville de Montréal sont gratuites pour ses résidents. J’ai retrouvé le goût de la lecture en y allant alors qu’en 2021, j’avais très peu lu (j’en ai d’ailleurs parlé dans mon bilan de 2021). Je suis allée plusieurs fois à la bibliothèque ces dernières semaines, et j’ai dévoré plusieurs romans et bandes dessinées. J’ai retrouvé un plaisir que j’avais perdu depuis un bon moment.

Et de ce fait, j’ai balayé cette pression implicite de faire des choses grandioses de mon temps au Québec. Je lance grandement la pierre aux réseaux sociaux qui poussent le nouvel arrivant à toujours plus d’activités, à se montrer dans la nature, sinon il sera malheureux (j’exagère peut-être un peu). Ce n’est pas la première fois que j’en parle mais les réseaux sociaux, et Instagram en particulier, présentent une vision idyllique d’une expatriation qui peut faire culpabiliser de nombreux nouveaux arrivants. D’ailleurs, cet article d’une autre expatriée au Québec abordait ce problème. 

Alors j’ai laissé tomber Instagram, encore une fois. J’y traine de temps en temps, je posterai des photos quand j’en aurai envie. Car c’est ça le problème, une expatriation ne se résume pas en une photo de paysage ni à montrer à quel point on est heureux (ce qui n’est pas forcément le cas une fois l’écran du téléphone traversé). 

Une fois que l’on arrête de se comparer à untel et unetelle qui a fait de supers activités le week-end dernier, la vie ira mieux. Et honnêtement, je suis beaucoup mieux dans mes bottes depuis que j’ai troqué mes heures sur Instagram par des heures plongée dans un roman. Finis les complexes, la pression que je fais quelque chose de mes journées. Je n’ai rien à prouver ni à justifier.

En ce moment, je suis en hibernation. En quelque sorte. J’ai tout de même envie de sortir de ma torpeur parfois. Alors je fais des réservations pour sortir de ma réserve : un hôtel près d’un parc national, une session de spa nordique, du patin à glace… Je suis plutôt contente de prévoir des activités avec M. Loukoum, avec ma famille. Mais je ne me mets pas (plus) la pression. Je fais les choses à ma guise, quand j’en ai envie. Si parfois j’ai le goût de larver devant Netflix ou avec un roman entre les mains, c’est okay. 

En fait ce n’est pas vraiment une hibernation, c’est mon quotidien. J’ai choisi de vivre ainsi et cela me convient. Je me réjouis des petites victoires du quotidien, je profite de l’hiver à mon rythme. Par exemple, nous avons acheté une voiture d’occasion le mois dernier avec M. Loukoum. Et plusieurs semaines plus tard, je suis toujours contente de cet achat. On bouge plus facilement, plus loin, on a acquis plus de liberté. Avoir une voiture nous a permis d’être plus spontanés. On sait que l’on peut faire telle ou telle chose quand on veut sans avoir à planifier tout en avance. 

C’est aussi ça le quotidien : c’est profiter des étapes qu’on gravit et des petits plaisirs de la vie qu’on n’expose pas forcément. Évidemment, on ne le montre pas sur les réseaux, car ce n’est pas aussi vendeur qu’une photo majestueuse. 

Ce texte était probablement un peu déconstruit, un peu fouilli mais il représente bien mon état actuel. Je réussis mon expatriation non pas car je visite toute la province à 1000 à l’heure tout le temps, mais bien car j’ai réussi à bâtir un quotidien qui me plait.

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