Expatriation

Expatriation : de l’autre côté du miroir

J’ai été plutôt silencieuse sur le blog ces derniers temps, comme durant cet hiver où j’ai eu un passage à vide. Je continue de faire des sorties mais je n’ai pas forcément énormément de choses à en dire pour le moment. Je profite et je n’ai pas toujours envie de partager non plus. Je me prépare des weekends et des voyages qui seront pour plus tard et sur lesquels j’aurai sans doute plein de choses à dire.

En attendant, je vis mon quotidien à Montréal, entre travail, famille et sorties. Ce dont je voulais parler aujourd’hui touche à tous les petits tracas du quotidien. 

Cet article n’aura aucunement vocation à me plaindre, bien au contraire. Je suis toujours très heureuse d’avoir pu m’installer à Montréal et ainsi réaliser un de mes rêves. Ici, je tiens simplement à rappeler qu’une expatriation, une immigration n’est pas un épisode des Bisounours. Tout n’est pas beau, tout n’est pas parfait. Ce n’est pas parce-que l’on quitte un pays que nos problèmes, nos insécurités et soucis seront miraculeusement effacés. 

Je ne sais pas si beaucoup de futur.es immigré.es liront ces mots mais je n’ai qu’un mot d’ordre : se préparer et ne pas idéaliser la destination vers laquelle on se dirige.

Je me suis bien préparée avant mon départ, je savais que le Canada et le Québec avaient leurs défauts – tout pays en a. Je pense que je suis dans le creux d’une vague en ce moment. Je commence à être présente sur le territoire depuis suffisamment longtemps pour pouvoir dresser des conclusions et avoir une meilleure idée de la vie ici.

Tout d’abord, je pense et continuerai de penser qu’avoir de la famille sur place, et avoir emménagé dans le même quartier qu’eux est une chance inouïe. Cela nous a permis à M. Loukoum et moi de ne pas nous sentir isolés et seuls. Car oui en général, un parcours d’immigration est un long processus solitaire. Ma famille de Montréal m’a permis de me sentir chez moi plus rapidement et d’avoir une présence à mes côtés. Je dois avouer que cela m’a bien rassurée et que je ne peux que comprendre ceux qui se sentent seuls à leur arrivée. La pandémie n’ayant bien évidemment pas amélioré ce sentiment d’isolement.

Avant d’arriver, je savais parfaitement que certaines de mes amitiés en France s’effriteraient. La distance n’a jamais rien amélioré de ce point de vue-ci. Je savais que partir m’éloignerait de certaines personnes chères et j’ai actuellement beaucoup de mal à garder contact avec ces personnes qui m’ont tellement apporté durant certaines périodes de ma vie. Mais je ne perds pas espoir.

Aujourd’hui, le jeu consiste à jongler entre le maintien de ces relations si lointaines et la création de nouvelles amitiés. Trouver du monde qui nous ressemble une fois qu’on est adulte est parfois compliqué (je sais que je suis beaucoup plus exigeante qu’avant en tout cas – je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas). Les réseaux sociaux ont beaucoup aidé à rencontrer des gens. Nous avons eu la chance de rencontrer de très belles personnes, la grande majorité étant dans la même situation que nous : des immigré.es. Soyons honnêtes, créer des amitiés prend du temps et cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Donc patience et persévérance. 

Une difficulté s’ajoute en chemin : il y a peu d’immigrés (du moins dans ceux que j’ai rencontrés) qui ont pour ambition de rester sur du long terme. Nous sommes très peu à vouloir/pouvoir rester plus de 2-3 ans. Beaucoup pensent à leurs prochains voyages et leur prochaine étape. Certains savent déjà qu’ils retourneront dans leur pays d’origine lorsque leurs permis seront périmés. Certains doutent. Il est donc d’autant plus difficile de créer de vraies relations quand on sait que celles-ci ont potentiellement une date d’expiration. 

Au travail, je côtoie beaucoup de Québécois (forcément) mais je n’ai pas encore pu me lier d’amitié avec eux. C’est peut-être la nature de mon poste qui m’isole naturellement ou le fait que mes collègues sont majoritairement bien plus âgés que moi. Je m’entends très bien avec mes collègues mais ceux-ci étaient là avant moi et ont déjà leur vie. Les personnes dont je suis le plus proche au travail sont…des immigré.es. Des personnes qui connaissent bien la situation dans laquelle je suis. Je ne sais pas, il y a une sorte de solidarité implicite qui plane entre nous. 

Une expatriation est donc un long processus, pas tout le temps très rose. En ce moment, j’ai l’impression que les petits tracas du quotidien s’accumulent (rien de grave je vous rassure). Mais ce sont des petites choses qui, mises ensemble, usent un peu. Ces derniers jours, nous avons donc eu le droit :

  • au fou qui insulte des gens dans notre rue la nuit et brise des voitures avec ses pieds et ses coudes 
  • à une explosion de transformateur électrique le lendemain
  • à nos voisins (ou plutôt la fille de notre voisin) qui hurle, fume (donc ça pue chez nous), met la musique à toute blinde à des moments où l’on s’en passerait bien
  • à un pote de notre voisine qui se retrouve on ne sait comment sur notre balcon alors que je faisais ma lessive la porte ouverte dans une tenue que je n’avais pas envie de montrer au monde entier (merci le sentiment de sécurité)
  • à un essaim de guêpes qui a trouvé que notre balcon était fort accueillant (au moins, peut-être que les copains de notre voisine n’y monteront plus?) – elles sont heureusement parties, enfin pour le moment

Bref, vous voyez un peu. Et je passe bien sûr le quotidien au travail qui n’est pas toujours enchanteur. Mais en gros c’est ça, une expatriation/immigration, c’est aussi des soucis de tous les jours qui sont présents peu importe le pays dans lequel on emménage.

Et encore, nous avons choisi un pays plutôt sécuritaire où il fait bon vivre et qui présente tout un tas d’avantages (et oui, ce malgré l’inflation de fous que nous connaissons tous). Et puis, nous et les chats sommes en bonne santé, notre famille aussi, notre voiture aussi (même si elle perd des pièces en cours de route de temps en temps mais rien qui ne puisse se remettre en place). L’été arrive, avec son lot d’énergie avec. Et puis j’ai vu une marmotte pour la première fois l’autre jour. Et ça, ça n’a pas de prix. 

Et toi, futur.e ou présent.e immigré.e/expatrié.e, comment se passe ton quotidien ?

Bisous et à bientôt au sommet de la vague.

1 commentaire

  1. Marcadet Sylvie a dit :

    Merci Elisabeth de partager … ce que je ne vivrai jamais… « petits soucis » et « Grands Bonheurs » d’une expatriée.
    Je t’embrasse ainsi que ton ami

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