Anecdotes & Réfléxions

21 vs 31

Il y a 10 ans je m’envolais pour l’Irlande où j’allais passer les 10 meilleurs mois de mon existence de jeune adulte. Il y a 10 ans, j’avais alors à peine 21 ans, j’étais obsédée par l’Irlande et rêvais d’intégrer le programme Erasmus. 

Ce programme d’échange faisait fureur depuis la sortie de l’Auberge Espagnole, qui est pour moi un excellent exemple (bien qu’hyper condensé, normal c’est un film) de ce peut être un étudiant Erasmus.

Erasmus a changé ma vie. Littéralement. Je vous raconte ?

Erasmus a beau avoir été il y a 10 ans maintenant, j’en garde toujours un souvenir (plus ou moins) frais et unique. J’ai l’impression de m’y être découverte. J’étais une étudiante réservée, casanière et je ne rêvais que de fuir la France pour me réinventer. Et j’ai réussi.

J’avais choisi d’aller à Maynooth en Irlande car 1/ son histoire et ses paysages me hantaient du plus profond de mon âme et de 2/ Maynooth était la seule université irlandaise qui proposait d’y passer l’année complète. J’aurais pu postuler à Trinity College à Dublin mais je n’aurais pu faire qu’un seul semestre. Je crois aussi fermement que mon expérience a été si unique parce-que j’avais justement atterri à Maynooth, ville microscopique en comparaison de Dublin.

Soyons honnêtes, ce n’est pas pour le travail que j’ai choisi d’aller à Maynooth, ni de faire Erasmus tout court (enfin si un peu, j’étais obsédée par l’histoire irlandaise à laquelle j’ai consacré plusieurs mémoires). C’est pour (aussi) tout le reste. La vie de campus. L’anglais. La fête. Les amitiés. J’espérais trouver tout ça en posant les pieds en Irlande et je l’ai trouvé.

Je suis arrivée en Irlande pour mon année d’Erasmus le 11 septembre 2011. J’avais donc 21 ans, j’étais un bébé. J’ai vécu dans une maison en colocation avec deux Françaises et une Irlandaise à Maynooth, petite ville universitaire à 45 min en train à l’ouest de Dublin. 

Moi qui n’avais pas beaucoup d’amis à l’époque, je m’y suis trouvée une famille de cœur. Car étant tous étudiants Erasmus ou étudiants tout court, loin de nos familles respectives, nous n’avions que nous. Et Maynooth étant relativement petite, il était facile de l’arpenter, de la découvrir, de l’aimer et de s’y créer un foyer.

Mon année a été un condensé d’émotions, de rires, de pleurs, de fêtes, de moments suspendus dans le temps affalés sur un vieux canapé à boire un latte entre deux cours, de voyage. Y repenser m’envahit toujours de nostalgie. Car faire Erasmus a été un choc, une révélation et je foncerai tête baissée pour revivre cette année encore une fois, juste pour me rendre compte que cette année fut une chance.

Erasmus m’a fait grandir. En revenir a été la chose la plus difficile que je n’ai jamais eu à faire de ma vie. Cette fin était pourtant inévitable. Je sais que cette année en Irlande a été unique car elle avait une date limite. Et c’est ça qui donnera sa saveur à ce temps, car on sait d’avance qu’on doit profiter et qu’on doit l’utiliser avec parcimonie, dans notre entière avidité et volonté.

Aujourd’hui, j’ai 31 ans. C’est grâce à Erasmus que j’ai pu décrocher mon premier emploi il y a 7 ans. Que j’ai pu continuer de me construire même après être rentrée à Paris. Car les gens, la famille, avec laquelle j’étais partie, a dû rentrer chez elle aussi. Certains d’entre nous se sont retrouvés à Paris. Et pendant les années qui suivirent, aucun de nous n’oubliait l’Irlande. Chacun de nous entretenait sa mémoire. Les fêtes, les voyages, les émotions. 

Malgré tout, les relations se sont érodées. A 21 ans, je croyais que ces amitiés dureraient pour la vie. A 31 ans, j’ai appris à être un peu plus lucide. Erasmus sera à tout jamais une flamme dans mon cœur. Peu importe son intensité, elle brûlera toujours en moi, même si ce ne sont que des braises. 

Si aujourd’hui j’en ai fini avec l’Irlande (du moins je pense?), Erasmus m’a appris qu’il existe une belle vie ailleurs, en dehors de France. Qu’elle mérite d’être vécue. Je ne revivrai jamais cette période. A moi de la réinventer, tout comme je me suis réinventée il y a 10 ans. 

31 ans et l’envie dévorante de réitérer cette expérience. Mais pas en tant qu’étudiante. Pas toute seule avec pour seul bagage une valise de vêtements et un ordinateur. Juste avec l’envie de recommencer autre part et de me créer de nouveaux souvenirs pour les 10 prochaines années, avec un M.Loukoum, deux chats et un océan déjà franchi.

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